Bubisan, Le podcast des arts martiaux et de la pop culture

Hagakure : mourir chaque jour pour vivre pleinement

Bubisan Season 1

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Dans cet épisode, on plonge au cœur du Hagakure, un ouvrage emblématique de la philosophie des samouraïs.

À travers les enseignements de Yamamoto Tsunetomo, découvre une vision radicale de la vie : accepter la mort pour mieux vivre, agir sans hésitation, et cultiver une discipline intérieure à toute épreuve.

Mais le Hagakure, ce n’est pas seulement un manuel de guerre. C’est un guide de vie.
 Un texte brut, parfois dérangeant, qui nous pousse à réfléchir sur le courage, l’honneur, la loyauté… et surtout sur notre capacité à agir ici et maintenant.

Dans un monde moderne rempli d’hésitations et de distractions, ces principes anciens résonnent encore :
 👉 Comment prendre des décisions sans peur ?
 👉 Comment rester fidèle à ses valeurs ?
 👉 Comment avancer avec détermination ?

Un épisode pour ceux qui veulent aller au-delà des mots… et passer à l’action.

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Salut à toi et bienvenue dans ce nouvel épisode de Boobysan, le podcast des arts martiaux et de la pop culture. Tout d'abord, je tiens à m'excuser. Tu as peut-être remarqué que je suis moins assidu ces derniers temps dans la publication des épisodes. Voilà, c'est parce que j'ai de plus en plus de taf, j'ai de plus en plus d'oeuvres à découvrir et à te faire partager. Et tout ça, ça prend du temps. Je te ferai, un de ces quatre, un épisode pour t'expliquer comment je travaille, combien de temps je consacre à peu près à à la création d'un épisode. Donc si tu veux tout savoir, abonne-toi à ma chaîne. Aujourd'hui, je vais te parler d'un livre qui a été caché pendant des siècles et qui a eu une terrible influence sur toute une partie de la jeunesse nippone dans les années 40. Comme à ton habitude, installe-toi confortablement car je vais te parler d'une oeuvre qui a beaucoup fait parler d'elle, d'un livre qui a eu un rôle majeur durant la seconde guerre mondiale. Tu l'auras peut-être deviné, aujourd'hui je vais te parler du livre le plus extrême et le plus controversé de la tradition samouraï, le Hagakure. c'est la mort. Voilà une des phrases les plus emblématiques de ce recueil, une phrase qui a résonné pendant des siècles et qui a pris une tournure dramatique au XXe siècle. Pour comprendre le Hagakure, il faut se replonger dans le Japon du début du XVIIIe siècle sous le shogunat Tokugawa, qui s'étendait de 1603 à 1868. Après des siècles de guerre civile sanglante, ce qui s'appelle la période Sengoku, et ça n'a rien à voir avec Dragon Ball, le pays entre dans une longue guerre de paix relative, ce qui s'appelle la Pax Tokugawa. Plus de 250 ans sont conflits majeurs à l'intérieur du pays, quelque chose de jamais vu à l'époque. Les samouraïs, cette classe guerrière qui représentait environ 6 à 7% de la population, se retrouvent soudain sans guerre. Leur rôle change radicalement. Ils deviennent des administrateurs, des bureaucrates, des gestionnaires de domaines. Ils portent toujours le Daisho, les deux sabres, symbole de leur statut, mais ils passent leur journée à collecter les impôts à régler des litiges ou à servir à la cour du daimyo. C'est une véritable crise existentielle pour ces guerriers légendaires. Le Bushido, la voie du guerrier, était née dans les champs de bataille. Comment maintenir l'esprit guerrier dans un monde de paperasse, d'administration et de paix forcée

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Le gouvernement Tokugawa encourage même les samouraïs à étudier le confucianisme, les arts, la littérature, bref tout sauf la guerre. Les duels privés sont interdits, le seppuku, le suicide rituel, le harakiri si tu préfères, est strictement réglementé. C'est donc dans ce climat de nostalgie et de frustration que naît le Hagakure. Il n'est pas un manuel tactique comme le livre des cinq anneaux de Miyamoto Musashi ou comme l'art de la guerre de Sun Tzu. C'est plutôt un cri du cœur. Un appel à revenir à l'essence même du samouraï, à une loyauté absolue et à un détachement total face à la mort. L'auteur, Tsunetomo, regrette un âge d'or qu'il n'a lui-même jamais connu puisque la grande paix avait commencé avant sa naissance. Essaye d'imaginer un peu. Tu es un samouraï fier, entraîné depuis l'enfance au maniement du sabre et soudain ta vie ressemble plus à celle d'un fonctionnaire qu'à celle d'un guerrier. Le Hagakure est une réponse à cette frustration. Eh bien, l'auteur principal est Yamamoto Tsunetomo, en 1659, décédé en 1719, aussi connu sous son nom bouddhiste, Ojocho. dans le domaine de Saga, actuel département donc de Saga, il entre très jeune au service du Deimyo Nabeshima Mitsushige, le troisième seigneur du clan. Tsunetomo n'est pas un guerrier de champ de bataille. Il sert d'abord comme page, puis comme scribe, comme conseiller et comme clair. Il gère les affaires administratives et les archives du clan. Il n'a aucune expérience de combat réel, un point d'ailleurs que beaucoup de critiques lui reprocheront plus tard. Pourtant, il est proche du seigneur et développe une loyauté intense. En 1700, Mitsushige meurt. Tsunetomo, alors âgé d'une quarantaine d'années, veut immédiatement commettre le seppuku pour suivre son maître dans la mort, comme le voulait la tradition ancienne. Mais le shogunat Tokugawa a interdit ces suicides collectifs car ils affaiblissent les clans et sont considérés comme inutiles. Tsunetomo est donc forcé de vivre. Dévasté, il se retire dans une petite hutte isolée en forêt et adopte le nom de Josho et devient moine zen. Il passe le reste de sa vie dans la méditation, la réflexion et la nostalgie du Bushido pur. C'est que l'histoire du livre commence vraiment. Vers 1709-1710, un jeune samouraï sans emploi nommé Tashiro Tsuramoto, environ 20 ans de moins que Tsunetomo, vient lui rendre visite. Pendant 7 ans jusqu'en 1716, Tsuramoto rend visite régulièrement à l'ermite et note scrupuleusement tout ce que Tsunetomo lui dicte. Souvenirs, anecdotes du clan Nebeshima, maximes philosophiques, conseils pratiques, le résultat, un texte en 11 volumes. Les deux premiers volumes contiennent les enseignements directs de Tsunetomo. Les neuf suivants sont une collection d'histoires vraies ou semi-légendaires, de samouraïs du domaine de Hisen, des exemples de bravoure, de loyauté mais aussi de lâcheté, Le titre Hagakure signifie « caché par les feuilles », symbole d'un livre secret destiné uniquement aux vassaux du clan Nabeshima cachés du reste du monde comme des feuilles qui dissimulent un trésor. Le texte reste effectivement secret pendant plus de 150 ans. Il circule seulement en copie manuscrite au sein du clan. Il ne sera imprimé et diffusé au grand public qu'après l'ère de la restauration Meiji en 1860. est vraiment popularisé au début du XXe siècle. Voici donc une citation emblématique que tu peux retrouver dès le début du livre. La voie du samouraï se trouve dans la mort. Quand il y a le choix entre la vie et la mort, choisissez la mort sans hésitation. Ou encore, il n'y a rien d'autre que le but unique du moment présent. Toute la vie d'un homme est une succession de moments après moments. Il n'y a rien d'autre à faire, rien d'autre à poursuivre. Vivez en étant fidèles au but unique du moment. Ça calme, hein

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Tsunetomo mélange zen, confucianisme et un bushido radical. Il insiste sur le zanshin, l'état d'alerte permanent. Sur le fait de vivre comme si on était déjà mort, pour se libérer de la peur et agir avec pureté. Le livre n'est pas structuré comme un traité. C'est en fait une série de plus de 1300 textes courts, aphorismes et histoires. Voici les thèmes principaux. Il y a par exemple la mort comme libération. Voici une citation. Le thème de la loyauté absolue. Le samouraï doit servir son seigneur avec une dévotion totale, même si cela semble absurde. le thème du quotidien du guerrier. Il y a dedans des conseils pratiques comme par exemple comment se comporter en société, juger les autres avec bienveillance, éviter la précipitation dans la gloire. Par exemple, si vous devenez éminent trop vite, les gens deviendront vos ennemis. Il y a aussi le thème de la critique de son époque. Tsunetomo regrette que les jeunes samouraïs étudient trop le bouddhisme ou les arts au lieu de se consacrer pleinement au bushido. Il raconte même des anecdotes choquantes comme le fait que les enfants des classes inférieures ne pratiquent plus les exécutions, ce qu'il voit comme une négligence extrême. Et enfin, il y a le thème de vivre le moment présent. Voici une citation. Il y a quelque chose à apprendre d'une averse soudaine. Quand vous rencontrez une pluie soudaine, vous essayez de ne pas vous mouiller et vous courez vite. Mais en passant sous les avant-toits, vous vous mouillez quand même. Quand vous êtes résolu dès le début, vous ne serez pas perplexe même si vous vous mouillez autant. C'est à la fois un manuel de self-control, une philosophie de l'action pure et une méditation sur l'impermanence. On sent dans ces lignes la frustration d'un homme qui n'a pas pu mourir pour son seigneur et qui transforme cette déception en sagesse radicale. Après la restauration de l'ère Meiji en 1868, le Japon se modernise à toute vitesse. Armée de conscription, industrialisation, impérialisme, les élites cherchent un esprit national unificateur pour remplacer l'ancien système féodal. Le Bushido est réinventé et nationalisé, transformé en outil idéologique pour forger une armée moderne, loyale à l'empereur. Le Hagakure, redécouvert et publié au début du XXe siècle, devient donc un outil puissant dans les années 30. Avec la Grande Dépression, l'incident de la Manchurie en 1931 et la montée des tensions internationales, un climat d'incertitude s'installe. Les nationalistes et les militaires y voient l'expression la plus pure du sacrifice et de la loyauté absolue à l'empereur qui remplace désormais le daimyo. C'est à cette époque que le Hagakure passe du statut de curiosité historique à celui de bible officieuse de l'armée impériale. En 1940, l'éminent philosophe Tetsuro Watsuji sort une version abrégée spécialement destinée aux soldats partant au front. Le général Sadao Araki, qui était à l'époque ministre de la guerre au début des années 1930, fait intégrer ces concepts d'impérial bushido dans la formation militaire de base. Le livre est enseigné dans les académies militaires, les écoles d'officiers et même dans certaines unités spéciales. La phrase culte « La voie du samouraï » « Samouraï, c'est la mort » devient un mantra officiel inculqué à des milliers de jeunes conscrits. Et c'est pendant la guerre du Pacifique, entre 1941 et 1945, que son influence explose vraiment. Il inspire directement la culture des attaques spéciales, notamment les fameux kamikazes à partir de 1944. Des pilotes emportent souvent des versets du Hagakure recopiés sur un tissu qu'ils attachent autour de leur tête avant leur mission suicide. Beaucoup composent même des poème de mort dans l'esprit exact du livre avant de décoller. L'amiral Takijiro Onishi, fondateur des unités kamikazes ainsi que d'autres officiers supérieurs, s'appuie sur cette idéologie pour justifier le sacrifice total. Comme tu le vois, le Hagakure n'est plus un texte philosophique. Il devient un outil de propagande pour la guerre totale mourir pour l'empereur est la plus belle fin possible. Il complète parfaitement le Senjinkun, qui était à promulgué en 1941 par le général Hideki Tojo, qui insiste sur le mépris de la vie personnelle et la loyauté absolue. Selon certains historiens, comme Mark Ravina, le Hagakure ne reflétait plus la vraie tradition samouraï, mais plutôt ce que l'armée voulait que les soldats croient sur le Bushido, à savoir une mort irrationnelle et glorieuse, plutôt qu'une victoire raisonnée. Les unités spéciales portent même des noms inspirés du livre et l'endoctrinement fait du Hagakure, un compagnon de route pour les troupes au front. Après la défaite de 1945, pendant l'occupation américaine sous le général MacArthur, le Hagakure est temporairement perçu comme un texte dangereux, symbole du militarisme fanatique qui a mené au suicide collectif, aux attaques bonsai et aux atrocités. Des copies sont confisquées, cachées ou détruites pour éviter l'interdiction totale. Le livre incarne même désormais, aux yeux des alliés et d'une partie des japonais, les tendances suicidaires et la cruauté militaire qui ont marqué la guerre. Il faudra des décès déni. pour qu'il soit réévalué loin de cette ombre noire. Alors attention cependant, le Hagakure n'était évidemment pas le seul texte. Le Bushido avait déjà été réinterprété par d'autres auteurs, mais c'est son radicalisme, cette obsession de la mort immédiate qui convenait parfaitement à la propagande de guerre de l'époque. Après 1945, le Hagakure est un peu toxique au Japon. Il est associé au militarisme d'avant-guerre, mais pour autant il ne disparaît pas. Le célèbre écrivain Yukio Mishima en est le grand admirateur moderne. En 1967, il publie un commentaire personnel intitulé « Le Hagakure et moi » ou « La voix du samouraï » par Yukio Mishima sur le Hagakure. Mishima, il y voit une philosophie d'action pure, de subjectivité absolue et une critique du Japon moderne, matérialiste et pacifiste. Il s'en inspire profondément pour son propre culte de la beauté, de la mort et du corps. Son Seppuku légendaire en 1970, après sa tentative de coup d'état raté, est souvent lu à travers le prisme du Hagakure. En Occident, la traduction anglaise de William Scott Wilson en 1970 79 en fait un grand classique. Aujourd'hui, en 2026, il est lu dans beaucoup de dojos d'arts martiaux pour ce que ça apporte sur le mental, la discipline, le zanshin, la gestion de la peur. Il est aussi souvent présent dans le développement personnel et dans le coaching, comme par exemple lorsqu'il s'agit de vivre dans le moment présent, tout ce qui est détachement des résultats, loyauté envers ses valeurs. Tu peux aussi d'ailleurs le retrouver chez certains philosophes et lecteurs culturels Par exemple, certains font une comparaison avec le stoïcisme, l'existentialisme, et puis bien évidemment, dans la pop culture, à travers le film Ghost Dog de Jim Jarmusch, et aussi dans des jeux vidéo, dans les mangas, etc. Bref, beaucoup d'historiens soulignent que Tsunetomo était un clerc, et pas un combattant, que son texte est une vision idéalisée, nostalgique, parfois même extrême ou choquante, notamment lorsque ça parle de la violence ou du rôle des femmes et des enfants, et qu'il ne représente pas le Bushido historique dans toute sa diversité, mais plutôt une interprétation radicale d'un samouraï de province. Certains y voient même un danger, une glorification de la mort qui peut mener au fanatisme, et enfin d'autres défendent sa sagesse intemporelle sur le courage et l'engagement total. » L'aura compris, le Hagakure n'est pas un livre facile. Il nous confronte à nos propres époques de confort et de paix. Sommes-nous prêts à vivre avec intensité, loyauté et sans peur de la mort

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SPEAKER_00

Il nous rappelle aussi que la vraie liberté vient parfois du détachement radical. Que tu sois pratiquant d'art martiaux, entrepreneur, philosophe, amateur ou simplement curieux d'histoire japonaise, ce texte continue de provoquer, d'inspirer et de déranger. Pour terminer, je voudrais te laisser avec une phrase philosophique profonde tirée directement du Hagakure qui résume magnifiquement son esprit. La voici. Il n'y a sûrement rien d'autre que le but unique du moment présent. Toute la vie d'un homme n'est qu'une succession de moments après moments. Cette idée, très influencée par le zen, nous dit que la vie n'est pas un grand projet lointain à planifier, mais plutôt une chaîne ininterrompue d'instants. Au lieu de regretter le passé ou d'angoisser pour l'avenir, le samouraï doit se concentrer pleinement sur ce qui est juste devant lui, juste devant son nez, avec une une attention totale et sans distraction. Quand on vit ainsi, la loyauté envers ses valeurs, le courage et l'action pure émergent naturellement. Plus de procrastination, plus de peur paralysante, il y a seulement l'engagement sincère dans l'instant. Et ça, dans notre monde moderne, rempli de distractions et d'incertitudes, cette sagesse reste incroyablement puissante. Elle nous invite à mourir à chaque moment pour mieux vivre. Merci de m'avoir écouté. Si cet épisode t'a donné envie de découvrir D'ici là, prends soin de toi et n'oublie pas que les points racontent des histoires, mais c'est à toi d'écrire la tienne. A très bientôt.